Energie : TotalEnergies, Chevron et Woodside se retirent de Birmanie

Energie : TotalEnergies, Chevron et Woodside se retirent de Birmanie

Face à la détérioration des droits de l’homme en Birmanie, les fournisseurs internationaux d’énergie quittent le pays.

Chevron, TotalEnergies et la société australienne Woodside ont annoncé qu’elles se retiraient des projets gaziers en Birmanie. Une victoire pour les activistes qui faisaient campagne afin que les entreprises impliquées arrêtent traiter avec l’entreprise publique entretenant des liens étroits avec le gouvernement birman, Myanmar Oil and Gas Enterprise (MOGE).

Il y a près d’un an en effet, en février 2021, la Birmanie sombrait dans le chaos. La junte militaire prenait le pouvoir par coup d’État et évinçait le gouvernement démocratiquement élu d’Aung San Suu Kyi. Une répression violente a été engagée à l’encontre des dissidents, contraignant les civils à former des groupes de défense armée.

Une répression brutale

Selon l’Association d’Assistance aux Prisonniers Politiques Birmans, 1 488 civils ont été tués tandis que 11 651 personnes ont été arrêtées pour s’être opposées à la junte au pouvoir. Depuis le coup d’État, l’armée a condamné à mort des dizaines de militants anti-coup d’État, dont Phyo Zeyar Thaw, du parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie, et Kyaw Min Yu, un militant. Les deux hommes ont été condamnés pour terrorisme.

Face à ce contexte, TotalEnergies (anciennement Total) et Chevron, deuxième compagnie pétrolière des États-Unis, ont déclaré qu’elles allaient prendre des mesures pour se retirer du pays. Selon Human Rights Watch, les projets de gaz naturel au Myanmar sont en effet une source majeure de revenus pour la junte et rapporteraient un milliard de dollars par an au régime.

Fuite des investissements gaziers

En se retirant, TotalEnergies (anciennement Total) met fin à environ dix ans d’exploitation du champ gaz naturel offshore de Yadana, qu’elle détient à hauteur de 31% et Chevron à hauteur de 28%. Le reste des parts se divise entre une société thaïlandaise et birmane.

Yadanar Maung, porte-parole du groupe militant Justice for Myanmar, s’est félicité de la décision de TotalEnergies : « TotalEnergies s’est enfin tenu compte des appels du peuple birman, de la société civile locale et internationale à mettre un terme au flux de fonds vers la junte terroriste. Il est désormais essentiel que les gouvernements internationaux aillent de l’avant et prononcent des sanctions ciblées sur le pétrole et le gaz afin de priver la junte de profiter des projets pétroliers et gaziers restants ».

Chevron a également décidé de se retirer après avoir mené une vigoureuse campagne de lobbying à Washington pour poursuivre ses activités en Birmanie. Un porte-parole de Chevron a déclaré : « À la lumière des circonstances en Birmanie, nous avons revu nos intérêts dans le projet de gaz naturel de Yadana pour permettre une transition planifiée et ordonnée qui conduira à notre retrait du pays. Ayant une participation minoritaire dans le projet, notre priorité immédiate reste la sécurité et le bien-être des employés, la sécurité des opérations et la fourniture de l’énergie dont les populations du Myanmar et de la Thaïlande ont tant besoin ».

La pression des militants

Face à la pression intense de la part des militants des droits de l’homme, la société australienne Woodside Petroleum – qui possède des licences d’exploration pour neuf sites – a déclaré la semaine dernière qu’elle allait emboiter le pas à Chevron et à TotalEnergies.

Les militants ont également salué la décision de Woodside. « Les entreprises australiennes et internationales du secteur de l’énergie doivent veiller à ce qu’aucun paiement de revenus ne soit versé à l’armée, qui dépend désormais fortement des devises étrangères pour acheter des armes, des chars et du matériel militaire », a déclaré Clancy Moore, directeur national de la coalition anticorruption Publish What You Pay Australia.

Les revenus de la junte en Birmanie

Un voeux pieux ? Il est en effet peu probable que les retraits de TotalEnergies, Chevron et Woodside empêchent l’exploitation du gaz et bloquent les revenus gaziers du régime. D’autres sociétés, comme la thaïlandaise PTT, pourraient reprendre le projet. Dans son communiqué de presse, TotalEnergies a même affirmé qu’il était « matériellement impossible » d’empêcher la junte de profiter du champ de Yadana.

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