TF1 et M6 fusionnent, Altice tire les marrons du feu

TF1 et M6 fusionnent, Altice tire les marrons du feu

Le 28 février dernier s’est achevée la première saison d’un feuilleton qui tient le monde médiatique en haleine depuis plusieurs mois : l’aventure « Newborn » — le nom provisoire donné à la fusion des groupes TF1 et M6 — s’est finalement soldée par l’achat de TFX et de 6ter par Altice Media. Une cession qui rend possible la naissance d’un mastodonte de l’audiovisuel français et européen, à même de rivaliser avec les nouveaux géants du numérique. 

TFX et 6ter cédés à Patrick Drahi

La fusion de TF1 et M6 — les deux premières chaînes commerciales françaises, concurrentes depuis plus de 30 ans — a été annoncée en mai 2021. L’arrivée de ce nouveau géant — qui deviendra le cinquième média européen — a cependant posé un problème vis-à-vis de la réglementation française : réunis, les deux médias concentreraient à eux seuls 10 chaînes de télévision, alors que la loi n’en autorise que 7. TF1 et M6 ont donc choisi de conserver leurs chaînes les plus importantes sur la TNT — notamment TMC pour TF1, W9 et Gulli pour M6 — et de se séparer de TFX et 6ter, qui ont été rachetées par le groupe Altice Media, propriété du milliardaire Patrick Drahi qui détient déjà BFM et RMC.

Le montant des cessions n’a pas été dévoilé, mais la valeur de ces chaînes s’estime en fonction de leur part d’audience : autour de 50 millions d’euros le point d’audience selon des analystes cités par l’AFP, sachant que, selon Médiamétrie, TFX a réalisé 1,6 % de part de marché en février, et 6ter 1,4 %. La vente a donc probablement été conclue aux alentours de 150 millions d’euros. Cette opération actée le 28 février ne sera effective que si le mariage entre TF1 et M6 a bel et bien lieu, sous réserve de l’autorisation de l’Autorité de la concurrence et de l’Arcom (l’Autorité publique française de régulation de la communication audiovisuelle et numérique).

Si l’Autorité de la concurrence a son mot à dire, c’est aussi que le géant baptisé « Newborn » devrait cumuler plus de 40 % des parts d’audience (27,2 % pour le groupe TF1 et 14,3 % pour le groupe M6 en 2020, selon les informations relayées par Le Monde dans un article du 6 février 2022) et les trois quarts des revenus publicitaires des chaînes françaises (47 % pour TF1 et 28 % pour M6), pour un chiffre d’affaires d’environ 3,5 milliards d’euros. Le groupe pourrait ainsi rapporter près de 461 millions d’euros par an (résultat d’exploitation), avec un potentiel de progression des cours jusqu’à 40 voire 60 %, selon un cabinet spécialisé cité par France Culture le 20 mai 2021.

Face aux GAFAM et aux plateformes de streaming, grossir ou mourir

La création de « Newborn » doit, selon les termes de l’AFP, « resserrer les rangs » pour une « fusion anti-Netflix ». L’arrivée en France des mastodontes du streaming made in USA que sont Netflix, Amazon, Apple ou Disney a en effet ringardisé la télévision, surtout aux yeux des jeunes générations. Face à cette nouvelle concurrence, il s’agit donc pour les groupes français de se réinventer, en atteignant une taille critique nécessaire pour pouvoir rivaliser avec la force de frappe de l’Oncle Sam.

Auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias, le PDG de TF1 Gilles Pelisson ne cache pas ses ambitions  : « Pour les huit premiers groupes américains, on parle de dépenses de 115 milliards de dollars dinvestissement dans les films et séries pour lannée qui vient. On voit bien la nécessité pour les acteurs nationaux de défendre des projets ambitieux, pour préserver un modèle à même de garantir notre souveraineté culturelle. Ce projet de fusion en est un et la mise en vente du groupe M6 est en cela une opportunité historique ». Un projet de fusion qu’il a même été jusque’à qualifier de « question de survie ». Nicolas de Tavernost — patron de M6 et futur PDG de Newborn — a quant à lui expliqué aux sénateurs que le mariage des deux chaînes relevait à ses yeux de l’« évidence » et que « ceux qui refuseraient cette consolidation prendraient un grand risque pour laudiovisuel français ». Une analyse confirmée par Martin Bouygues, pour qui la fusion de sa chaîne avec M6 se justifie par « l’arrivée d’acteurs de taille planétaire, les GAFAM ». Facebook, par exemple, produit désormais ses propres séries (Strangers en 2017, Queen of America en 2022).

La stratégie des barons de l’audiovisuel français semble donc assez claire : résister à la concurrence numérique en réalisant de larges économies d’échelles et en profitant de très gros budgets nés de leur fusion pour financer davantage de productions originales et attractives. Il est à noter que le mariage TF1-M6 permettra également le développement d’une plateforme nationale de replay, streaming, et vidéos à la demande de grande envergure, basée sur MyTF1 et 6play.

Reste à espérer que les autorités de régulation françaises ne s’opposent pas à cette union porteuse de grands espoirs, tant pour le téléspectateur que pour le soft power tricolore. France Télévisions y a de son côté apporté son soutien, son directeur des antennes Florent Dumont présentant même la télévision publique comme le « marieur » de l’intrigue (via la plateforme « Salto » créée l’an dernier avec M6 et TF1). Et comme l’a révélé Médiapart, le mariage a également reçu la bénédiction de… l’Élysée elle-même. Reste à savoir la date à laquelle il aura lieu.

 

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