Pas de pénurie de pétrole cet été en France

Pas de pénurie de pétrole cet été en France

La crise des hydrocarbures provoquée par la guerre en Ukraine va avoir des répercussions sur l’approvisionnement en pétrole de l’Europe dès cet été. Certains pays seront plus impactés que d’autres, mais la France devrait être relativement épargnée. 

3 mois de stocks stratégiques

Mardi 31 mai, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’économiste turc Fatih Birol, a tiré la sonnette d’alarme concernant l’approvisionnement en pétrole de l’Europe. «Quand la saison des vacances va débuter en Europe et aux États-Unis, la demande de carburant augmentera. Nous pourrions alors assister à des pénuries, par exemple de diesel, d’essence ou de kérosène, en particulier en Europe (les Etats-Unis étant quasiment autosuffisants en hydrocarbures)», a déclaré Fatih Birol, affirmant que la crise actuelle était « beaucoup plus importante » que les chocs pétroliers des années 1970.

Toutefois, pour Olivier Gantois, président de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), l’avenir n’est pas si sombre, et l’embargo récemment pris contre le pétrole russe (25% des importations européennes) aura peu, voir aucun impact sur les approvisionnements estivaux. En effet, « l’embargo prévoit une période transitoire de six mois, pendant laquelle il est encore possible d’importer du pétrole brut », rappelle le président de l’UFIP. De plus, les membres de l’AIE (dont 20 des 28pays de l’UE sont membres) ont « l’obligation de détenir des stocks de pétrole d’urgence équivalant à au moins 90 jours d’importations nettes de pétrole », souligne Olivier Gantois. Ceux-là sont donc d’office à l’abri, pour cet été du moins. 

Mais ces stocks stratégiques « ne sont pas remplis entièrement parce qu’on en a pris une partie pour gérer des tensions », rappelle Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition énergétique récemment nommée. « La Sagess rachète en ce moment sur le marché international un peu de carburant pour reconstituer les stocks », précise le cabinet de la ministre. La Sagess (Société anonyme de gestion des stocks de sécurité) est la société chargée de constituer et conserver la plus grande partie des stocks stratégiques français. Mais les stocks français « restent à un niveau élevé », tente-t-on de rassurer au ministère. 

Tout cela sans oublier que « le surplus de consommation estival par rapport au reste de l’année est très faible, de l’ordre de 5%. Car s’il y a davantage de déplacements privés liés aux vacances, il y a moins de déplacements professionnels, ajoute Olivier Gantois. Il y a très peu de saisonnalité en France, par rapport par exemple aux États-Unis ». « Les approvisionnements en carburants pour cet été ont déjà été pratiquement faits. Et on est capable de réagir s’il y a plus de demande que prévue », insiste le président de l’UFIP.

Risque après l’été ?

Fatih Birol parle de risque de pénurie en Europe, mais tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. « Il y a dans l’UE des pays qui dépendent plus de la Russie pour leur pétrole que la France », confirme Jacques Percebois, professeur émérite à l’université de Montpellier. Certains pays, comme la Finlande ou la Hongrie, sont dépendants de la Russie à hauteur de 75%. En revanche, « en France, le brut russe représente entre 15 et 20% de nos importations », rappelle Olivier Gantois.

Toutefois, malgré sa relative indépendance vis-à-vis du pétrole russe et ses 3 mois de stock stratégique, la France pourrait tout de même connaître une hausse des prix cet été. « L’embargo sur le pétrole russe, en discussions depuis des semaines, commence déjà à voir ses effets, puisque la production pétrolière russe a baissé de 1 million de barils par jour entre le début de la guerre et maintenant », rappelle Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris, spécialiste des énergies.

Et une pénurie n’est pas à écarter à l’automne. « S’il y a des problèmes pour trouver de nouveaux chemins d’approvisionnement, des tensions pourraient se produire plutôt en fin d’année, une fois la période de transition décidée dans le cadre de l’embargo achevée », explique Frédéric Plan, délégué général de la Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FF3C).

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