L’Union européenne revient au charbon

L’Union européenne revient au charbon

La réduction voire l’arrêt des importations de gaz, pétrole et charbon russe ont conduit l’Union européenne à revenir à la seule énergie fossile présente en quantité sur son territoire, le charbon. Mais il s’agit également de la source d’énergie la plus polluante. 

Nécessité

« L’invasion de l’Ukraine par la Russie a perturbé les marchés mondiaux de l’énergie et d’autres défis ont entravé les efforts de certains grands exportateurs pour augmenter leur production en 2022 », explique l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui prévoit que « la consommation de charbon devrait augmenter de 7  % sur l’ensemble de l’année dans l’Union européenne ».

« En supposant que l’économie chinoise se redresse au second semestre, la consommation mondiale de charbon augmentera de 0,7  % pour atteindre 8  milliards de tonnes » sur l’année, ajoute l’AIE. « Cela nous ramènerait au record de 2013. La demande devrait encore augmenter l’an prochain pour atteindre un nouveau record historique ». Toutefois, « dans l’hypothèse d’une disponibilité des centrales nucléaires plus élevée en France qu’en 2022 »,  la consommation de charbon pourrait à nouveau diminuer à compter de 2023, précise l’AIE

Pas de pénurie

« Un risque de pénurie est faible, assure Patrice Geoffron, professeur d’Economie à Dauphine. Les Russes semblent vouloir préserver les apparences et livrer encore du gaz, et la Chine a augmenté sa production de charbon pour moins dépendre des soubresauts énergétiques mondiaux. Par ailleurs, Moscou devrait écouler une partie de son charbon en Asie, à prix réduit, comme il le fait déjà pour le pétrole ».

Le charbon est également encore présent en quantité en Allemagne et dans le nord et l’est de la France. De plus, outre le charbon, l’UE mise aussi sur le grisou, le gaz qui se dégage naturellement lors de l’extraction du charbon. « Mieux vaut récupérer le méthane ( 90% du grisou), l’exploiter et s’en servir que de le laisser s’échapper », pointe Inès Bouacida, chercheuse en énergie à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Ce n’est toutefois pas « un gaz très abondant », admet la chercheuse. Le grisou est « un gaz fossile, comme le gaz classique. À ce titre, il ne peut être considéré comme une énergie du futur ou une énergie verte ».

Pas un retour en arrière

Ce retour à la source d’énergie la plus polluante de la part du continent promouvant la transition écologique semble de très mauvais augure pour le réchauffement climatique, mais il pourrait en réalité servir la cause. Ou du moins, ne pas lui nuire. 

« Le charbon ne fait partie que des solutions à court terme, rappelle Patrice Geoffron. Mais inutile de pousser de cris d’orfraies sur un “grand retour”. Ce qui sera mis en œuvre pour faire face à la baisse des combustibles russes accélérera au final la transition énergétique. Avec des fossiles beaucoup plus coûteux, nous deviendrons par la force des choses plus efficaces et plus sobres ».

Ces « mesures temporaires ne compromettront pas les engagements climatiques à plus long terme de l’Europe », assure pour sa part le groupe de réflexion environnemental Ember Climate. Mais un autre groupe de recherche énergétique, la société Rystad Energy, se montre moins optimiste. « Les options de l’Europe en matière de gaz, charbon, nucléaire et énergies renouvelables pour combler le déficit énergétique sont très limitées et coûteuses », s’inquiète Rystad.

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