Les traceurs pour enfants se multiplient

Les traceurs pour enfants se multiplient

Les parents ont recours à toutes sortes d’outils (smartphones, montres connectées, traceurs GPS) pour géolocaliser leurs enfants, un nouveau marché dont se sont rapidement emparés les géants du numérique. Toutefois, ce pistage assumé suscite des préoccupations pratiques et également éthiques.

Avantages certains

Les exemples de parents ayant tiré leurs enfants d’une mauvaise passe grâce à ces appareils connectés sont légion. « Trois semaines après son entrée en sixième, ma fille Audrey m’a appelé en larmes. Elle avait pris un autre car scolaire que d’habitude, avait loupé son arrêt et était descendue dans un village qu’elle ne connaissait pas, explique Sébastien, qui a immédiatement sauté dans sa voiture. Je lui ai dit de ne surtout pas bouger, et je l’ai géolocalisée ». Et comment Sébastien a-t-il retrouvé Audrey ? Grâce à l’application Family Link, qui a affiché la position de l’enfant sur … GoogleMap. 

Mais Google est loin d’être le seul à surfer sur cette vague anxiogène. Apple, avec sa montre connectée Apple Watch SE, cible directement les parents inquiets. « Vos enfants peuvent appeler et envoyer des messages aux personnes que vous avez approuvées, contacter les services d’urgence et partager leur géolocalisation, avance la marque à la pomme. Cela offrira encore plus d’autonomie aux enfants et davantage de sérénité aux parents ».

Nombreuses préoccupations

« Il ne devrait jamais arriver que, pour des raisons de sécurité, les enfants soient confrontés à une surveillance excessive limitant leur autonomie, et ce même par leur entourage familial  », prévenaient dès 2011 les autorités européennes de protection des données. Prenons le cas extrême d’un enfant victime de sa famille et cherchant à la fuir. Celui-ci serait immédiatement retrouvé par ses bourreaux. 

Le souci pourrait également être d’ordre technique. « Les produits bon marché sont faciles à pirater. Il suffit d’une demi-journée à un hacker pour prendre le contrôle de la montre et communiquer avec l’enfant, mais aussi accéder à la localisation de tous les appareils du fabricant », prévient Erik Boucher, ingénieur à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil).

Un autre risque, et pas des moindres, est de nuire à la santé du foyer, en y réduisant la confiance à néant. « Les parents ont été des adolescents et ils ont joué avec les règles en monopolisant un peu plus longtemps que prévu le téléphone fixe pour discuter avec leurs copains ou en prenant d’autres chemins pour rentrer à la maison, estime la psychologue clinicienne Vanessa Lalo. Avec toutes les angoisses liées aux faits divers, les parents se demandent pourquoi ils se priveraient d’une technologie qui leur permet de savoir en permanence où se trouvent leurs propres enfants. On entre dans une espèce de surveillance constante qui retire aux ados leurs espaces de construction et qui se fait au détriment de la confiance et de l’autonomisation ».

Enfin, on peut reprocher à ces appareils de créer un sentiment de dépendance chez les enfants. Ma fille «  a déclenché la fonction appel d’urgence car sa grand-mère n’était pas à la sortie de l’école. Il était 16  h  31 et sa mamie l’attendait de l’autre côté du bâtiment. Elle n’a pas accepté cette situation imprévue alors qu’il lui aurait suffi d’attendre un peu. Cela contrevient à la notion d’autonomie qu’on essaye de lui inculquer », plaide David, qui a décidé de retirer sa montre connectée à sa fille.

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