Le métavers est sorti de l’oeuf trop tôt

Le métavers est sorti de l’oeuf trop tôt

L’euphorie ayant entourée le métavers depuis près d’un an commence à s’essouffler, et les investisseurs précoces font désormais preuve de prudence face à ce terme que nombreux considèrent comme galvaudé.

Le vent tourne

« Il y a eu une course à la prise de parole. Certaines marques souhaitaient afficher leur présence dès que possible, alors même que la valeur apportée restait encore floue », explique Jean-Baptiste Burdin, directeur de la création chez Razorfish (groupe Publicis). Désormais la tendance est toute autre. 

« Nous n’avons pas souhaité présenter Laval Virtual comme un salon du métavers à cause de sa connotation négative», illustre Alexandre Bouchet, directeur de l’événement et du centre de ressources technologiques Clarté.

Terme galvaudé

Le terme métavers « a été galvaudé à force d’avoir été utilisé de manière trop large et caricaturale », estime Jean-Baptiste Burdin. « Il est presque toxique » désormais, surenchérit une entrepreneuse du secteur. « Nous n’avons pas compris pourquoi tout le monde, annonceurs compris, s’est engouffré dans ce sujet il y a un an, ajoute-t-elle. Tous les experts de l’industrie sont pourtant d’accord : le métavers va prendre dix ans ou plus à construire. Il y a un énorme fossé entre les attentes et ce que l’on peut proposer comme expérience aujourd’hui ».

Selon le consultant en marketing Frédéric Cavazza, la rebaptisation de Meta a été mal interprétée. « Il s’agit d’une réorientation stratégique de long terme, tout comme quand Renault annonce mettre le cap vers la voiture électrique. Ils ne peuvent pas livrer tout de suite leur vision, et c’est normal », explique l’expert. « Si on réécoute la conférence, on constate que jamais Meta n’a dit que le métavers était pour demain », abonde Alexandre Bouchet.

Entendre ce terme partout, métavers, Meta « a généré une cacophonie. Chaque client ou presque arrivait en réunion avec sa propre définition du métavers, dont des choses qui n’en sont pas », estime Pierre Acuna, en charge des expertises jeux vidéo chez Havas. « L’énorme problème est que plus personne ne sait de quoi on parle », confirme Frédéric Cavazza. 

Enorme potentiel

Pourtant le potentiel est énorme, comme le rappelle Bertrand Wolff, cofondateur d’Antilogy, cabinet de conseil sur la réalité virtuelle et mixte. « L’enjeu dépasse amplement le buzzword. Avec le passage de nos vies digitales de la 2D à la 3D, il y a un potentiel de transformation similaire à celui que nous avons connu avec internet », affirme l’expert. « Nous n’en sommes qu’au tout début. C’est comme si nous étions en 1997, et que face aux premiers sites web nous disions“c’est nul, cela ne sert à rienUne nouvelle technologie n’est jamais fournie avec sa grammaire d’usage. Les frères Lumière ont inventé le cinéma, mais pas le montage.»

Bertrand Wolff donne d’ailleurs raison à Mark Zuckerberg pour sa stratégie de présentation. « On s’est demandé en interne si la conférence de Meta a fait plus de mal que de bien. J’estime qu’elle a été bénéfique. Mark Zuckerberg a conceptualisé ce qui n’était que des outils en donnant un cap lointain et certes un peu fourre-tout. Mais cela a nommé les choses », estime le spécialiste. 

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