Noël grisâtre à Rungis

Noël grisâtre à Rungis

Comme chaque année, Noël est particulièrement attendu à Rungis, le plus grand marché de produits frais d’Europe, mais cette fois il ne permettra peut-être pas de sauver la saison. En cause ? L’inflation galopante et une grippe aviaire qui n’en finit pas de proliférer.

Inquiétude générale

« Regardez autour de vous  : il est 7 heures, et il n’y a déjà presque plus personne. Normalement, en cette saison, on travaille bien jusqu’à 9h  ! », se lamente un vendeur depuis son stand. « Mais on s’y attendait, reconnaît-il, rapport à la hausse des prix. Les gens achètent moins. Ils sont prudents ».

Une prudence qui pourrait être lourde de conséquences, car la période des fêtes de fin d’année est cruciale pour les commerçants, qui y réalisent environ 30% de leur chiffre d’affaires annuel. Cela se joue même sur quelques jours pour certains. « Tout se joue du 19 au 22 décembre, assure un poissonnier.  Si tu rates cette période-là, tu rates toute l’année ». Et l’incertitude perdurera jusqu’au dernier moment. « Comme mes produits ne s’achètent qu’à la dernière minute, je serai fixé samedi midi », s’impatiente Icham, un autre poissonnier. « D’habitude, on a des commandes à l’avance en homards, langoustes, tourteaux pour le déjeuner de fête… Cette année, on n’en a aucuneOn verra bien. Ce sera le poker ».

Conséquence de la grippe aviaire

Aux rayons des volailles non plus, l’ambiance n’est pas au beau fixe. Producteurs et vendeurs s’y lamentent, persuadés que le sort s’acharne contre eux. « Déjà qu’il a fallu remettre la machine en route après deux ans de Covid, voilà que la grippe aviaire nous tombe dessus », se morfond un grossiste, qui a vu ses stocks de foie gras divisés par deux. « Ils n’ont même pas envoyé un canard, zéro. La grippe aviaire a d’ores et déjà plombé 2023 ».

Non loin de là, Gino Catena, un autre volailler, se veut plus optimiste. « C’est une question d’organisation, mais on peut toujours trouver chez de nouveaux producteurs », assure-t-il. « Regardez-moi ce beau foie gras  : abattu la veille, expédié la nuit, vendu le lendemain ». Pour Gino, rien ne sera joué avant le Nouvel An. « Jusqu’à cette date, il y a encore de l’espoir  ! »

Quelques produits moins impactés

Le fromage fait partie des quelques produits dont le Covid-19 a fait bondir la consommation. Yves Cremmer, fromager à Rungis, assure avoir triplé son chiffre d’affaires sur deux ans. « Les Français sont toujours aussi amateurs de vieux comtés et pâtes cuites pour Noël, se réjouit-il.  Il y a notamment un fromage qui me surprend chaque année  : le roquefort. Ses ventes explosent fin décembre, à croire qu’il est sur toutes les tables  ! À l’inverse, le camembert est délaissé, comme s’il passait pour un fromage plutôt du quotidien ».

Les sapins ne sont pas non plus  impactés par la conjoncture … et se vendent toujours aussi mal. « Voilà longtemps que les sapins ne se vendent plus, soupire William derrière ses conifères. Si on ne vendait que ça, ça ne suffirait pas pour payer notre stand à Rungis ».

Même son de cloche chez son voisin, Frédéric Béguin, qui croit percevoir un phénomène plus général. « De vous à moi, on sent chez nos clients que quelque chose a changé. Je ne saurais l’expliquer, mais c’est comme si la féerie de Noël n’était pas complètement au rendez-vous », suggère-t-il.

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